Un bijou pour écouter le rock à la radio – B&O 900k

Comme il n’y a pas que la haute-fidélité dans la vie, nous allons nous intéresser aujourd’hui à un autre domaine de l’audio à savoir la radio. Longtemps le poste de radio a été la principale source sonore de la maison conjointement avec l’électrophone. Le poste de radio est alors un objet assez encombrant pour permettre le refroidissement de son électronique à tubes. En contrepartie, les modèles les plus luxueux permettent aux ébénistes de s’en donner à cœur joie pour agrémenter l’apparence de ces gros engins. Cette radio a un son plutôt médiocre mais les disques 78t de l’époque ne sont guère meilleurs. Au début des années 50, les phonogrammes s’améliorent avec le microsillon sur vinyle mais la  radio n’est pas en reste grâce à la modulation de fréquence.

L’objet est décoratif, mais sonne t’il bien?

C’est la conjonction de plusieurs facteurs qui sera à l’origine du développement de la radio dans les années 60 :

  • l’adoption d’une norme sur la diffusion d’émissions stéréophoniques portant la radio au meilleur niveau de ce que qui peut être obtenu à l’époque. D’ailleurs encore de nos jours, les stations comme France Musique qui n’ont pas un traitement d’antenne trop agressif délivrent une qualité d’écoute très agréable.
  • l’introduction des électroniques transistorisées permettant la vulgarisation d’appareils de réception plus petits, plus fiables et même pour certains mobiles grâce à une alimentation sur pile. Cette évolution technologique sera tellement importante pour l’auditeur que le terme « transistor » deviendra même le terme familier pour désigner un poste récepteur radio (1).
  • le développement considérable de la musique populaire qui permettra de toucher un spectre d’auditeurs beaucoup plus large, en particulier dans les tranches les plus jeunes de la population.

Si dans le domaine de la haute-fidélité, la réception radio a permis aux fabricants de montrer l’étendue de leur savoir faire, les postes de radio autonomes ont le plus souvent eu des qualités sonores pour le moins douteuses. Pourtant, d’un appareil accompagnant la vie quotidienne, on est en droit d’attendre une certaine recherche esthétique aussi bien dans l’apparence que dans le rendu sonore. Dans cet esprit, on pourrait citer dans les appareils récents les modèles de la marque Tivoli.

Comme on ne parle pas de haute-fidélité, nous nous autorisons aujourd’hui à parler de la marque Bang & Olufsen (2), illustre fabricant danois d’objets design aux cotés de Fritz Hansen, Carl Hansen ou Louis Poulsen, au travers d’un produit un peu oublié de cette marque, le poste de radio Beomaster 900.

Avec son apparence épurée et son format longiligne, le Beomaster 900k va définir l’esthétique de B&O pour plus d’une décennie.

Si le Beomaster 900 est si important, c’est que grâce à son succès, il va transformer un petit fabricant scandinave de radio en un acteur industriel important du domaine de l’audio en Europe.

Introduit en 1964,  le Beomaster 900 remplace les radios et autres appareils de la série 600. B&O introduit sa nomenclature imagée où tout appareil devient un beomachin, le machin évoquant l’usage potentiel de l’appareil. Mais surtout le 900 pose les jalons de ce qui sera l’image de marque de B&0 pour les décennies suivantes :

  • L’électronique abandonne les tubes pour les transistors. B&O sait en tirer les conséquences. La moindre dissipation thermique, d’autant que les transistors de puissance sont montés sur l’extérieur de la face arrière, permet de créer un boitier clos, au bénéfice d’une charge des haut-parleurs beaucoup plus propice à la courbe de réponse. B&O sera par la suite toujours attentif aux progrès techniques.
  • Moins connu que Jacob Jensen et David Lewis, Henning Moldenhawer est pourtant le créateur du « style » B&O avec le 900. Sobriété, refus des artifices esthétiques inutiles et surtout dans la version 900k, facteur de forme allongé signeront pour longtemps l’identité visuelle de Bang et Olufsen.
  • Cette esthétique est le reflet d’une étude ergonomique visant à rendre l’utilisation de l’appareil intuitive.

Sur ce dernier point de l’approche ergonomique le 900 n’est pas avare de détails qui simplifient la vie de l’utilisateur. Les boutons poussoir de choix des sources permettent de mettre en route l’appareil. On ne trouve en façade que les commandes essentielles. Pour celles qui ne devraient servir qu’au moment de l’installation de l’appareil comme la balance ou le choix de haut-parleurs, elles sont sur la face arrière de l’appareil. Pour ce choix des HP, c’est assez original puisque que ce sont les fiches DIN des haut-parleurs supplémentaires, qui suivant leur sens d’utilisation,  permettent ou non de débrancher les haut-parleurs intégrés. La molette de synthonisation est unique mais suivant la gamme d’onde selectionnée, elle n’agit que sur une gamme de fréquence (AM ou FM) sans dérégler celle que l’on n’écoute pas. Le dispositif AFC est très efficace. Tellement d’ailleurs qu’il vaut mieux le déconnecter lorsque l’on règle une station FM.

C’est dans le salon de marine où Archibald conserve ses souvenirs de marin que le 900k trouve sa place.

Le Beomaster 900 existera en deux versions le 900M qui ressemble plus à un ampli tuner puisqu’il ne dispose pas des haut-parleurs intégrés, et la version 900K la plus emblématique et la plus courante qui dispose elle de ces haut-parleurs. Il existe aussi une version 700 un peu bizarre et plus rare qui, monophonique, ressemble au 900K amputé de son haut-parleur gauche.

A l’usage, le 900k n’est pas désagréable du tout. Certes il ne faut pas s’attendre à une écoute hi-fi mais le résultat est très correct, bien supérieur par exemple à la radio Tivoli qui est dans l’office de Moulinsart. Le bas médium (on imagine bien que compte tenu de la taille des HP il n’y a pas de grave) est un peu monolithique et on n’a pas non plus vraiment d’aigu. Mais l’ensemble est quand même assez équilibré. Avec un appareil aussi étroit – 75cm –  la perspective sonore en stéréo est assez limitée  et par ailleurs très sensible au positionnement de l’auditeur. On dispose d’une entrée-sortie pour un magnétophone et d’une entrée ligne (identifiée comme phono mais sans correction RIAA) qui peut permettre par exemple de mettre un récepteur bluetooth.

Héritage des années 50, le nom des stations sur la radio AM  fait rêver de voyage.

Mais surtout, la principale qualité du Beomaster 900k est qu’il permet d’avoir chez soi un des jalons du design du XXe siècle.  Le fait qu’il permette en plus d’écouter de la musique n’est qu’un bonus.

Sur le panneau arrière on a les entrèes, le réglage de balance, les sorties HP DIN avec leurs deux sens de connexion et les transistors de puissance.

(1) Il faut reconnaître que c’est plus facile de dire transistor que « récepteur d’émission diffusé par ondes radiophoniques » et un poil moins pédant.

(2) Ce n’est pas la première fois que nous parlons de B&O. Fabricant dont on peut dire le meilleur et le pire, selon son humeur et l’appareil étudié.

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