Éloge du nombre – Technics 9000 professional series – suite et fin

On a vu que Technics avec la série 9000 tente de monter en gamme. Mais ce n’est pas avec le simple couple préamplificateur et amplificateur de puissance de 2x70w, certes élégant et bien construit que cette montée en gamme est achevée. Comment satisfaire les amateurs de puissance et les amateurs de gadgets ? C’est précisément là que Technics sort son arme secrète : la modularité. Ou comment plutôt que de vendre hors de prix un énorme ampli-tuner offrir plusieurs éléments a priori moins coûteux.

Pour la puissance, la question va être rapidement et facilement régler en bridgeant le SE-9060. Pour éviter tout bricolage sur les branchements, cette possibilité est intégrée à la conception et s’actionne sur un simple interrupteur (disposant quand même d’une sécurité). Pour l’utilisateur, c’est évidemment un peu plus compliqué, l’étape la plus douloureuse étant bien sûr l’achat d’un second SE-9060 (1). Mais à l’arrivé on dispose alors d’un bel ensemble préamplificateur et deux blocs monophoniques de 180w. Pour 1977, cela commence sérieusement à ressembler à du haut de gamme. Le mode bridgé du SE-9060 a la réputation d’avoir un son sensiblement plus chaleureux. Nous n’avons pas suffisamment d’expérience dans le mode stéréo pour pouvoir confirmer ces propos. Petite anecdote amusante, le passage en mode bridgé illumine un voyant spécifique en façade du SE-9060. Les photographes des publicités et catalogues de la série 9000 ont dû trouver plus joli d’avoir ce voyant allumé sur leurs photos. Alors même qu’il n’y a jamais qu’un seul amplificateur !

Mais maintenant comment appâter les amateurs de vumètres et de correcteurs de tonalité, sans dissuader les tenants de la « simplicité gage de qualité » ? En proposant pour chacune de ces fonctions un appareil adapté. La gamme « professional » flat-line comprend donc trois appareils de plus. Le correcteur de tonalité SH-9010, le bloc de mesures SH-9020 et le tuner ST-9030.  À ce stade, et si l’on compte les trois éléments précédemment décrits – préamplificateur et deux amplificateurs monophoniques – on arrive à six éléments pour faire ce que fait un gros ampli-tuner. La flat-line c’est transformé en mille-feuille. Et encore, on est soulagé d’apprendre que Technics a omis les référence 9040 et 9050. Quoique… En effet, le mode bridgé fait perdre à l’utilisateur la possibilité d’utiliser un casque. Qu’à cela ne tienne dirait Archibald, prenons un troisième SE-9060 pour servir d’amplificateur pour casque. Nous préférerons quant à nous rester raisonnable.  Mais pour poursuivre dans la logique modulaire, Technics aurait pu proposer un amplificateur casque SE-9040 et pourquoi pas un filtre actif SH-9050 pour pouvoir passer en amplification active. De même par rapport au canon de l’époque, il manque un magnétophone à cassette. Après 1978, l’ensemble « professional series » sera souvent présenté avec le magnétocassette RS-M85, un peu plus récent (et à peine plus épais).

Mais détaillons un peu plus les éléments complémentaires.

S’agissant de la gamme « professional » (en ces temps, le moindre élément était qualifié de professionnel), il n’est pas question de faire un simple correcteur de tonalité. Le SH-9010 est donc un véritable égaliseur paramétrique. Sur cinq bandes par canal, cet appareil permet de régler la fréquence centrale f0, le facteur de qualité Q et le gain. La plage de fréquence des réglages s’étant de 20Hz à 48kHz sur cinq bandes dotées d’un large recouvrement puisque la fréquence centrale de chaque bande peut varier sur plus de trois octaves. À ce niveau de sophistication dans la correction des timbres, on ne trouve que deux appareils de marques américaines mythiques, les Phase Linear 1100 et SAE 2800. C’est dire en quelle compagnie on se situe avec ce simple appareil d’une marque japonaise mésestimée (2).

Autre exotisme de la gamme, le SH-9020 Peak/Average Meter Unit. L’utilisation de vu-mètre peut paraitre assez incongru en matière de haute-fidélité domestique – sauf sur les enregistreurs évidement. Mais pour un appareil dont la fonction première est de flatter l’ego de son propriétaire, il faut reconnaître à Technics le mérite d’avoir là réaliser un appareil qui n’a rien du gadget. Le SH-9020 combine à la fois les fonctions de VU-mètre et de PPM. Il dispose de trois entrées dont deux permettent de mesurer un signal ligne et la troisième, reliée au haut-parleur permet de mesurer la puissance, sous réserve que les haut-parleurs aient une impédance relativement standard (il y a un réglage que trois positions 4, 6 et 8 Ohm pour calculer la puissance en fonction de la tension). Le plus extraordinaire sur cet appareil, c’est qu’il est précis et fiable, ce qui sur un appareil de mesure  grand public est assez rare. Reste que payer 2000 francs (français) de l’époque pour un appareil par ailleurs assez inutile, permet aussi une mesure précise des talents marketing de Matsushita…

Enfin, et c’est sans doute l’appareil le plus utile, le tuner ST-9030 a tout d’un grand tuner. Il dispose d’un condensateur d’accord à huit cages qui le met déjà dans le haut du panier. Les spécialistes (?) sont plus réservés sur le reste du circuit et en particulier sur le filtre MPX. Nous n’avons pas pu le faire figurer lors de notre comparatif des tuners (en fait il est sur la photo mais pas encore totalement restauré, nous n’avions pas fait d’écoute comparative).  

Une fois réunie, notre famille 9000 a fière allure, même si pour le coté flat-line, on repassera puisque l’empilement complet fait quand même 40kg et 50cm. Pour ce qui est du son, nous ne retrouvons pas la chatoyance de la chaîne Pioneer contemporaine de cette Technics. Mais on a un ensemble d’une neutralité et d’un « grip » qui pour le coup font vraiment « professionnel » . Pour tout dire, ça marche vraiment bien et le tout avec un silence de fonctionnement très impressionnant pour du matériel de plus de 40 ans. En particulier, alors que les égaliseurs sont des appareils plutôt bruyants à la base (ce qui ne s’améliore pas avec l’âge), le SH-9010 est particulièrement silencieux. Pour l’amateur des années 70, corriger une courbe de réponse avec un égaliseur était un démarche assez empirique. Mais en 2019, il suffit d’un smartphone et/ou d’un ordinateur équipé de logiciel gratuit pour réaliser des corrections précise ce qui donne tout son intérêt à un appareil tel que le SH-9010.

Dans ses publicités d’époque, Technics ventait la possibilité, grâce à cette gamme flat-line d’investir progressivement dans les éléments en fonction de ses besoins. Fin  1977 la configuration de base revenait à 2470 frs pour le préamplificateur et 2770 frs pour l’amplificateur. A cela s’ajoute l’égaliseur – 2660 frs – , les  vumètres – 1980 frs- et le tuner – 2910 frs.  Soit pour notre petit ensemble en double mono plus de 15000 frs. Haut de gamme vous dit-on !

(1) Si nous reprenons notre analogie avec le Nap 250, Naim a choisi une voie proche avec le Nap 135. Sauf que chez Naim, il n’est pas question de faire évoluer un 250 en 135.

(2) Technics est l’auteur à la même époque du sommet du genre avec le SH-9090. L’appareil est assez équivalent au SH-9010 à la différence que les dix bandes de correction ne concerne qu’un seul canal et que le boitiers est sensiblement plus gros. Évidement, en stéréo, il faut deux SH9090.

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