En aveugle, la hifi s’apprécie au toucher

Malgré l’ouverture des salons parisiens – la salon « Son et Image » vient de se tenir – l’actualité de la haute-fidélité est bien morne. Mais pour le chroniqueur hifi, il est des passages obligés et le compte rendu du salon en est un. Alors donc, qu’avons nous vu dans ce cru 2016 ?

En dehors des démonstrations dans les domaines hors de nos compétences du home cinéma et du gaming(1), bien présents notamment sur l’immense stand Sony,  on avait jamais aussi bien vu la distinction entre les trois grands secteurs de l’audio grand public.

Le premier segment de marché qui est toujours en pleine croissance, depuis maintenant plusieurs années, est celui des casques, amplificateurs dédiés et autres baladeurs. Sa place sur le salon est devenu considérable. On y retrouve pêle-mêle les vieux briscards, Sennheiser, Stax ou encore Beyer, les nouveaux venus, et ils sont pléthore, les impétrants de la 3D comme Smyth realiser.

Un petit mot sur ce dernier. Le traitement 3D de l’écoute au casque, doit permettre de combattre le principal défaut de cette dernière, l’absence de projection de la scène sonore. Elle serait dû au fait que la perception sonore au casque n’est pas liée au déplacement de la tête. Les mouvements de la tête, des plus petits au plus grands, en modifiant le son perçu par chaque oreille, aident à la localisation précise des objets sonores. Avec le traitement DSP approprié, il est possible à partir d’informations transmises par un capteur (gyroscopique ou optique) de simuler ces modifications. Sans que ce jugement soit définitif en raison d’une écoute un peu courte, nous avons été un peu déçu par le Smyth, en particulier comparé au 3D Sound Labs que nous avions pu écouter lors de la convention de l’AES en Juin à Paris (2).

Prix Ramo Nash du design

Attribué sans contestation possible au magnifique Pathos Classic Remix, et plus particulièrement à ses splendides radiateurs latéraux dans le plus pur style Alph-art.

pathos

Prix Freddy Krueger de l’objet le plus étrange

On pourrait arguer que la forme du Smyth realiser A16 est destinée à servir de support de casque, mais honnêtement, qui a envie de voir ça dans son salon ?

smyth

Dans le domaine de la haute-fidélité dans son acceptation la plus audiophile, on aurait pu assister à un match au sommet entre deux poids lourds. À ma gauche la Magico S5 mkII affronte à ma droite la B&W 800D3. Malheureusement, ce match n’eut pas réellement lieu en raison du programme musical indigent proposé par Sound and Colors l’importateur Magico et de la démonstration B&W programmée au moment du buffet!

Parmi ces systèmes plus classiques, il semble que la divergence entre le segment « lifestyle » et la catégorie « audiophile pur et dur » s’accentue. Si des marques comme Bang&Olufsen ont choisi depuis longtemps leur camp, on pouvait voir au salon une marque comme Revox (ou quelle que soit l’entité qui porte ce nom qui n’a qu’un très lointain héritage de ce qu’était la marque dans les années 1970-1980) présenter un système fort bien dessiné.

Le système Revox Joy. Un petit coté Naim série olive.

Le système Revox Joy. Un petit côté Naim série olive.

D’autres marques naim-unitisont plus schizophrènes comme Naim qui promeut simultanément d’un côté les Muso et les nouveau Uniti Star et Nova et de l’autre le monstrueux système S1 Statement. Devialet adopte une approche à peine plus différentiée. Le festival Son et Image avait droit à la promotion des Phantom dont la nouvelle version « Gold », clairement dans la tendance lifestyle. Par contre c’est lors du prochain salon « Haute-fidélité » de la revue du même nom qu’on verra la présentation des amplificateurs intégrés de la gamme « expert pro ».

Le nouveau Dyson Gold

Le nouveau Dyson Phantom gold

L’audiophile pur et dur rejette en général l’approche lifestyle, pour son son qui serait inférieur et les compromis qui seraient fait au profit de l’esthétique et de la praticité. Serait-ce à dire que les électroniciens et les acousticiens des fabricants de ces matériels audio sont juste pas doués ou sabotent délibérément leur ouvrage ? Archibald toujours en avance d’une analyse pourra fort justement arguer que le système lifestyle en étant plus intégré ne permet pas de bénéficier de l’amélioration de toute la panoplie des câbles les plus gros et les plus chers.

Je me propose d’avancer une autre explication : la constitution et l’utilisation d’une chaîne expert constituée d’éléments disparates judicieusement choisis, réunis par des câbles dont l’achat est basé sur une suite ininterrompue d’essais et dont l’utilisation nécessite un rituel compliqué — rodage, mise en température des composants… – participe directement à la satisfaction auditive.

Prouver cette assertion demanderait une démarche scientifique rigoureuse mais qui pourrait s’inspirer d’une expérience relatée dans un très excellent article de la non moins excellente revue Linear audio.

Michael Uwins est un musicien, producteur et universitaire qui a utilisé une démarche étonnante pour identifier les propriétés du vinyle qui le rendent supérieur, pour une partie des audiophiles, aux autres media. Dans un premier temps, il s’agissait de quantifier la qualité auditive du vinyle. Comme la manipulation des disques est peu propice à une véritable écoute en aveugle, Uwins va utiliser une procédure un peu particulière. A partir de masters de son propre groupe, Uwins réalise sur le même mix, un fichier CD, un mp3 et grave un vinyle. Ce vinyle est ensuite numérisé et légèrement retraité afin d’en éliminer les clicks et autres bruits qui pourraient le rendre identifiable trop facilement. Pour faire bonne mesure, le signal du vinyle est analysé, les formes de distorsions identifiées et on créé un fichier numérique « à la mode » vinyle où ces distorsions sont appliquées au fichier numérique CD. Le panel d’auditeur est alors appelé à juger sur une échelle qualitative ces quatre fichiers sonores (le CD, le mp3, le vinyle et le CD modifié façon vinyle).
Et là surprise, le son du vinyle est très largement considéré comme le plus mauvais, y compris par rapport au mp3 mais aussi par rapport au CD modifié « façon vinyle ». Le puriste pourra critiquer ce dispositif expérimental en arguant que la numérisation du vinyle fait justement perdre toute la magie du medium.

C’est pour cela qu’Uwins va compléter cette première expérience d’une seconde. Dans cette dernière, l’auditeur aura à comparer le son d’un CD avec le son d’un vinyle qu’il aura manipulé. Il accomplira lui-même tous les gestes qui entourent l’écoute d’un LP : retrait de la pochette, pose sur la platine et manipulation du bras.
Sauf que le vinyle utilisé dans l’expérience n’est pas le véritable enregistrement mais un simple signal pilote qui permet de piloter… …le même fichier que le CD. Les résultats d’écoute sont sans équivoques, le son du vinyle est très largement préféré à celui du CD, quand bien même il s’agit de la même source sonore ! Cette appréciation est confirmée, y compris par les auditeurs qui ont jugé le vinyle inférieur lors de la première expérience. Ainsi donc, l’aspect visuel de la pochette et l’effet tactile de la manipulation du vinyle sont les éléments déterminant dans l’appréciation de l’écoute des disques, même si le son du vinyle est objectivement inférieur à celui d’un fichier numérique.

On ne peut que rester admiratif devant le dispositif expérimental sophistiqué qui a permis d’aboutir à cette conclusion.

De là à penser que certains aspects de la chaîne audiophile comme son apparente complexité, l’utilisation de câbles à l’épaisseur conséquente et une manipulation qui demande de l’expérience peuvent influer sur la perception de l’audiophile, il n’y a qu’un pas… …que nous nous garderons bien de franchir.

Pour aller plus loin : Michael Uwins Analogue heart, digital mind in Linear Audio vol. 10. Ce travail a également été présenté lors de la 138e conférence de l’AES, Varsovie, mai 2015.

(1) Sur la démonstration du casque de réalité virtuelle Playsation VR, ce chenapan d’Abdallah a bien tenté, mais sans succès, de descendre le chauffeur de la camionnette qui l’emmenait (virtuellement). Par contre, ouvrir la portière et se pencher à l’extérieur est d’après lui assez impressionnant.

(2) Le programme d’utilisation et la technologie utilisée sont très différents entre Smyth et 3D Soud Labs, mais on reste étonné de l’écart de prix : plusieurs milliers d’euros pour Smyth realiser contre 100 pour 3D Sound Labs!

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