Je (large) bande pour vous : Supravox T215 SRTF

On se souvient que pendant les fêtes, Archibald était parti explorer la cave des frères Loiseau à la recherche de quelque breuvage susceptible de prolonger nos libations. On se souvient aussi qu’à l’occasion de cette exploration, il avait découvert une paire d’enceintes large bande en assez piteux état. Comme il faut bien faire le ménage de temps en temps, nous avons décidé de remonter ces antiquités pour nous en débarrasser. Par acquit de conscience avant un acte définitif, nous décidons de jeter un œil d’un peu plus près. On est jamais à l’abri d’une bonne surprise et nous avons la joie de découvrir dans ces enceintes des haut-parleurs assez réputés, les fameux Supravox T215 SRTF. Comme leur nom l’indique, leur membrane fait 21cm ce qui commence à faire une longueur intéressante penseront nos lectrices. C’est sans doute pour cela qu’on les appelle des haut-parleurs large bande, et aussi sans doute parce qu’il s’agit d’une histoire de boules (1). En effet, ces hp ont équipé les fameuses enceintes Elipson BS40.

Elipson BS40

Il s’agit du plus performant des modèles de la gamme « classique » de Supravox. La membrane bicône en papier reprend le fameux profil exponentiel caractéristique des haut-parleurs Supravox. Le circuit magnétique est en ticonal, autre nom commercial de l’alnico. La réalisation est de bon aloi en métal injecté de 5 mm. Le tout est peint dans une élégante peinture hammertone vert clair.  

Pile et face

En examinant de plus près les enceintes, on s’amusera du câblage interne véritablement audiophile, puisque qu’il s’agit du célèbre « Scindex». De même, le bornier de raccordement pourrait en remonter à WBT puisqu’il s’agit d’un rare modèle audio de chez Legrand, le modèle dit « Domino ». Bien entendu, il n’y a aucun amortissement interne dans l’enceinte. La charge est assez torturée puisque nous avons une surface de charge qui s’amenuise dans le bas de l’enceinte pour déboucher sur une fente horizontale de 1,5x30cm qui relie l’avant de l’enceinte à la cavité arrière complètement ouverte par une fente verticale cette fois. Il n’y a aucune indication de fabrication mais la qualité de la réalisation, complexe en raison du grand nombre de pans coupés, dénote quand même le travail d’un ébéniste qualifié. Avec les hp large bande, on est pas embêté par le filtre. Quoique… En effet, sur une des enceintes, on a branché une résistance en série avec le haut-parleur. Sauf à dire qu’il s’agit d’un correction permanente de la balance entre les deux voies, l’intérêt semble assez limité. Nous retirons immédiatement cette résistance afin de retrouver deux enceintes identiques.

Ces survivants des premiers pas de l’audiophilie française méritent bien un traitement de faveur. Oublions la poubelle et voyons comment utiliser ces haut-parleurs. Avant d’entreprendre des travaux d’ébénisterie assez conséquent, nous allons procéder à une écoute. En effet, si le résultat est insuffisant, on pourra envisager de faire d’autres enceintes, les plans et les idées pour charger des Supravox ne manquant pas dans la littérature.

La première écoute est vraiment très étonnante, et comme disent nos amis audiophiles, particulièrement musicale(2). Mais ce n’est pas totalement catastrophique et pour le moment nous nous en satisferons.

La restauration portera essentiellement sur l’ébénisterie qui sera entièrement poncée et revernie. Au grand dam des puristes, pour éviter les réflexions primaires qui renvoient directement l’émission arrière vers l’avant au travers de la membrane, nous allons amortir cette onde arrière avec une couche de feutre. On changera le câblage interne et on rajoutera un véritable bornier acceptant les prises bananes, ce qui est quand même plus pratique. Les caches de ces enceintes étaient en tissu sur un cadre en isorel glissé dans une gorge périphérique. Par commodité, nous avons remplacé ces caches par des mousses de 10mm tenues par des velcros. Concernant les haut-parleurs, les membranes sont en bon état sauf un des deux petits cônes qui est très légèrement déchiré sur la périphérie. Pour ne moment nous ne traiterons pas les suspensions et la membranes avec une enduction style butyl liquide ou Visaton, mais la question reste ouverte.

Pour les écoutes, selon le principe des audiophiles anglais « source first » nous avons décidé d’offrir au Supravox ce qu’il y a de mieux, en l’occurrence la fidèle EMT 950 amenée du Grand salon de Moulinsart. Profitant du rendement supposé élevé de ces haut-parleurs, un petit intégré à tube de 3,5w – un APPJ PA0901A – sera en charge de l’amplification. Nous avons ainsi un système bien équilibré avec une platine à 10000€, un ampli à 50€ et des enceintes rescapées de la poubelle.

La courbe de réponse à 1m dans l’axe. 90Hz-10KHz ± 5db, c’est pas la joie. Dans un profil généralement tourmenté, la bosse à 100Hz donne peut-être cette illusion d’avoir un peu de basse.

Que dire donc de ces écoutes ? La comparaison avec les B&W qui servent de référence dans le petit salon est assez cruelle pour les Supravox. Non que ces dernières soit désagréables bien au contraire.  Mais la dynamique semble limitée et dès que le message devient complexe tout cela s’embrouille un peu. La bande passante est (très) limitée notamment dans l’aigu. Les 23kHz(!) promis par la publicité Supravox semblent quelque peu exagérés. On comprend pourquoi de nombreux utilisateurs de haut-parleurs large bande ajoute un super tweeter. Dans les basses, la situation est moins critique, la charge étrange de ces enceintes semble bien travaillée pour récupérer une partie de l’onde arrière. Reste que sur certains messages musicaux simples, guitare acoustique, certaines voix, les Supravox délivrent une qualité de timbre qui à défaut d’être fidèle est assez réjouissante. Mais de la à en faire les écoutes principales d’une des pièces du château, il y a un pas que nous ne franchissons pas.

(1) Il faut bien s’amuser un peu. Du temps où Hergé contait nos aventures,  il n’était pas question d’avoir les moindres propos à double sens.

(2) Pour ceux qui ne maîtrisent pas le langage vernaculaire de l’audiophile, « particulièrement musical » se traduit en français courant par « abominablement coloré » et en langage scientifique par « sujet a des distorsions imprévisibles et grevé d’une courbe de réponse pittoresque ».

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