oreloB – Tacet L 207

02071Le stockage d’information sur un support en rotation pose de multiples problèmes dont l’un est lié à la diminution de la longueur de la piste quand on s’approche du centre. Pour gérer ce simple problème géométrique, plusieurs solutions ont été mises en œuvre.

Les disques optiques (CD) utilisent en général une vitesse linéaire constante permettant une densité homogène des informations sur le support. Cela entraine par contre une certaine complexité car il faut avoir une vitesse angulaire variable, asservie plus ou moins directement à l’éloignement de la piste par rapport au centre de rotation.

Les disques durs utilisés en informatiques sont eux basés sur une vitesse angulaire constante, plus simple à mettre en œuvre mécaniquement pour des disques dont la vitesse de rotation est extrêmement élevée (jusqu’à 15000 tr/min). En contrepartie, des stratégies sophistiquées tel que le zonage sont mise en œuvre pour augmenter la densité de stockage vers l’extérieur du plateau. Une gestion intelligente permet également de positionner les données les plus utilisés sur les zones externes afin de bénéficier des taux de transfert plus élevés qui y sont obtenus (1).

Le disque vinyle a su retenir les meilleures idées de ces deux supports. Du CD, il reprend l’idée d’une piste unique en spirale permettant une lecture sans discontinuité. Des disques durs, le vinyle adopte la technique plus simple de la vitesse angulaire constante.

Mais le problème initial reste entier et les plages centrales des galettes sont bien moins adaptées pour supporter des messages complexes et/ou de forte intensité. Lors de la masterisation des disques, les ingénieurs du son restent attentifs à cette contrainte. Dans années 1970, il n’était pas rare de trouver comme dernière plage d’une face sur les disques de hard-rock des morceaux plus doux ou des ballades.

C’était bien plus compliqué pour les compositions plus longues. La Recording Industry Association of America (RIAA) a pris le problème à bras le corps et fini par publier la célèbre norme RIAA.

Au-delà des aspects mineurs concernant l’égalisation, cette norme impose aux compositeurs d’écrire des œuvres decrescendo ou d’avoir des codas pianissimi.

Las, c’est sans compter sur le comportement égoïste des artistes qui se sentent bridés et renâclent. Certains, par pure provocation décident de faire l’inverse de ce qui est demandé. Ainsi, au plus fort de leur relation intime, Ravel écrivait à Tchaïkovski le 12 juillet 1927 : « Ces foutus ingénieurs ricain n’ont pas à me dicter ma musique. Je leur pisse au (micro)sillon. Tu vas voir mon Piotr Illich, je vais leur claquer un morceau qui va leur exploser le teppaz. Comme ils disent la-bas : Wait a minute. You ain’t heard nothin’ yet! » (2)

Le 22 novembre 1928, a lieu la création du Bolero. Coïncidence, Claude Lelouch tout juste revenu des Etats–Unis où il a découvert le tout nouveau cinéma sonore, assiste à cette première. Il est bluffé. Dans la foulée il réalise Les Uns et les Autres et choisi le Bolero pour la bande originale. C’est un énorme succès.

L’industrie du disque est prise à revers et est obligé de composer avec cette popularité. Deux ans après sa création, le Bolero devient une des œuvres les plus enregistrées avec des versions sous la direction de Piero Coppola, Serge Koussevitzky, Willem Mengelberg et Maurice Ravel lui-même.

Mais la provocation de Maurice Ravel ne restera pas impunie. Andreas Spreer à la tête du label allemand TACET a l’idée d’enregistrer le Bolero du centre vers l’extérieur. Ainsi les fortissimi se trouve à l’extérieur du disque, dans la zone la plus favorable. Ravel est vaincu. Ultime pied de nez au compositeur, TACET publie ce disque sous le nom d’oreloB.

Conseil d’écoute :

TACET a fait preuve d’une rigueur scientifique toute germanique dans sa démarche éditoriale. On choisira donc une platine allemande construite sur la même approche rigoureuse par exemple une EMT 948, de préférence la version full set 948/929/TSD15.

On évitera absolument les platines à bras tangentiel, la logique de contrôle de ces bras pouvant être perturbée par le sens de gravure du disque.

La rarissime EMT 849 a été développée spécialement par EMT-Frantz Gmbh pour la reproduction d’oreloB. Le bras 929, qu’il ne faut pas confondre avec le 929, utilise des pivots palindromiques.

La rarissime EMT 849 a été développée spécialement par EMT-Frantz Gmbh pour la reproduction d’oreloB. Le bras 929, qu’il ne faut pas confondre avec le 929, utilise des pivots palindromiques.


(1) Les lecteurs les moins techniciens pourront consulter cet article de vulgarisation sur le zonage. Dans la pratique, on n’utilise pas non plus les zones les plus extérieurs pour les données critiques en raison de la latence créée par les déplacements extrêmes des têtes de lecture.

(2) In Maurice Ravel – Piotr Illich Tchaïkovski complete correspondence, a musical love affair, Harvard University Press.
Peu après Ravel et Tchaïkovski se sépareront. Par dépit, Tchaïkovski reprendra l’idée et composera une ouverture qui dénonce à la fois la RIAA et la France de Ravel. On attend impatiemment la publication de 2181 par Tacet.

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