La faille spatio-temporelle : The Space Cadets – Crash Landed – Tombstone Records TOMB-TEN 305

Lucien en première partie de The Space Cadets

J’étais récemment à Angoulême pour une sorte de convention autour de la bande dessinée. Certes ce sujet est bien loin de mes préoccupations quotidiennes mais la position de personne publique entraîne certaines obligations qu’il est difficile de refuser. Les stands de Casterman et de Fluide Glacial n’était pas très éloignés l’un de l’autre et c’est à l’occasion d’une séance de signature que j’ai fait la connaissance de Lucien Lebrac.
Nos éditeurs respectifs ayant réservé des chambres dans le même hôtel, nous nous retrouvâmes au bar et rapidement en vînmes à parler de musique et de reproduction musicale. Ce fût pour moi l’occasion de découvrir le groupe britannique The Space Cadets. En effet Lucien avec Ricky Banlieue et ses Riverains eurent l’occasion de se produire en première partie des Space Cadets lors d’un concert à Ris-Orangis. Concert au cours duquel Lucien et Richard furent fort impressionnés par la fidélité de ce groupe au rockabilly original.
C’est aujourd’hui l’occasion pour nous de partager cette découverte avec l’album Crash Landed.

On peut réellement parler de haute-fidélité à propos de cet album. Mais il ne s’agit pas de fidélité dans la reproduction sonore mais de fidélité à la reconstitution historique.

Cela commence par le format du disque. Il s’agit bien sûr d’un disque de 25cm. Ce format populaire jusqu’au milieu des années 60 avait l’avantage (et l’inconvénient) de ressembler à celui des 78t. On continuera par la pochette qui est totalement dans l’esprit des pulps par ses illustrations et les polices utilisées. On apprendra sur cette pochette que comme pour un produit bio, la musique est garantie sans overdub (une sorte d’ogm de la musique). Ce n’est pas mentionné mais il est évident qu’aucun processus numérique n’est utilisé. On aura deviné qu’il s’agit d’un disque mono.
Mais là où la démarche des Space Cadets passe au niveau supérieur, c’est sur la production. Les Space Cadets ont enregistré au studio Sugar Ray’s Vintage Recording.
L’originalité de ce studio est de n’utiliser que du matériel des années 1950. On y trouve bien sûr les ubiquistes Pultec et réverbération EMT 140 toujours présents dans de nombreux studios modernes. Dans la régie le vert (la couleur fétiche d’Altec) domine avec notamment les préamplis mélangeurs 1567a et les compressions 436. L’enregistreur est un Ampex 350. La console est évidemment une Collins 212.

La régie de Sugar Ray’s Vintage Recording

Pourquoi tout cet équipement quelque peu antique ? La réponse se trouve dans l’excellent reportage que la revue Sound on Sound consacre sur sa chaîne You Tube à ce studio. On y apprend que Dean Amos, le propriétaire, a voulu recréer le mythique studio de Norman Petty. L’ingénieur en chef Lincoln Grounds y donne aussi des explications détaillées sur l’intérêt et la difficulté d’enregistrer avec du matériel ancien, en utilisant un minimum de voies, souvent une seule avec un micro RCA 44.

Norman Petty dans son studio de Clovis NM.

Bon, et la musique dans tout ça ?
Je vous renverrai à l’inanité de la question. Depuis quand se pose t’on la question de la qualité de la musique pour un disque audiophile ? D’ailleurs, sans que cela ne soit désagréable, la musique des Space Cadets n’est pas mon style favori. De toute façon, il me semble préférable que vous demandiez à Lucien, bien plus expert que moi dans ce genre musical.

Conseil de dégustation :

La Rek-O-Kut Rondine B12H

Le choix est assez évident pour écouter Crash Landed des Space Cadets. On utilisera une platine Rek-O-Kut, une Rondine B-12H par exemple avec son bras S-120 et pourquoi pas une cellule Fairchild 225-A
Peu diffusé donc peu connu de ce coté de l’Atlantique, Rek-O-Kut était un acteur prépondérant du marché du tourne-disque aux États-Unis. Sa gamme s’étendait depuis les modèles de salon à mettre en console, les modèles haute-fidélité comme la B-12H, les platines de studio radiophonique avec un plateau de 40cm (modèle B-16H) jusqu’aux machines de gravure. En cette période du tout galet,on notera une curiosité dans la gamme Rek-O-Kut : tout en bas de la gamme, les modèles 33H ont un entraînement par courroie. Ces modèles ne disposaient que de la vitesse 33t/mn.

La Fairchild dans le très beau porte cellule Rek-O-Kut avec sa petite boule.

130$ seulement, auxquels on ajoutera 38$ pour la cellule Fairchild. En 1955. Aujourdh’hui paiera plutôt 600$ et 1000$ en occasion pour cette dernière.

A l’écoute de Crash Landed de The Space Cadets sur une platine Rek-O-Kut, on aura le plaisir d’écouter en 2021 un disque qui du studio au salon n’aura utilisé que des composants qui ont entre 65 et 70 ans. Étonnant non ?

Pour aller plus loin, le reportage de Sound On Sound.

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