ReVox A700 : le home studio à moustache

revox2Avant que la hifi ne devienne un marché de grande diffusion à la fin des années 70, l’audiophile n’était pas qu’un consommateur mais devait savoir mettre la main à la pâte. Il n’était pas rare de voir les amateurs réaliser eux-mêmes leurs amplis et leur enceintes, Les plus prudents faisaient confiance à des kits tels ceux de Dynaco, mais les réalisations entièrement personnelles étaient monnaie courante. Même les platines demandaient un certain investissement personnel car certaines telles les Garrard étaient livrées sans socle ni bras.

Ce hobby s’étendait même à la réalisation de ses propres enregistrements et le magnétophone – à bandes bien sûr- était un appareil largement diffusé. Pour les amateurs les plus impliqués, et les plus fortunés, la marque de référence était bien entendu Revox. La lignée des 36 à tubes, puis les A77 et B77 se vendait par milliers. Un rapide tour sur Le Bon Coin montre que ces magnétophones sont disponibles à foison.

A76-A77-A78

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Pour combler l’écart entre les machines « amateur » comme l’A77 et les modèles professionnels Studer, Studer-Revox va lancer en 1973 un magnétophone beaucoup plus ambitieux, le A700. Évidemment cette sophistication a un prix : 7500 Frs alors que le A77 est vendu 3750 Frs. Fin 1977, le prix a grimpé à 9900 Frs, plus cher qu’un autre magnétophone « grand amateur » le Teac 3340s qui lui, offre quatre pistes pour 9200 Frs (nous aurons l’occasion de revenir sur ce modèle).

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Malgré une finition qui peut paraître approximative – tôles ultra fines et potentiomètres linéaires spongieux par exemple – le A 700 est une machine de grande classe. Les spécifications sont impressionnantes pour une machine amateur en 1973 :

  • Sous les tôles épaisses comme du papier à cigarette on trouve une mécanique en fonte d’aluminium supportant un énorme moteur de cabestan. Cette base servira également au Studer B67 et inspirera d’autres constructeurs (il suffit de regarder le Philips N4520).
  • Les commandes de transport sont électroniques, lumineuses et intègrent une logique qui évite toute fausse manipulation.
  • Alors que les autres Revox (G36, A77 et B77) ont deux vitesses, l’A700 dispose des trois vitesses les plus communes (9,5 cm/s, 19 cm/s et 38 cm/s). Ces vitesses sont régulées par quartz. La touche de consigne s’illumine dès que la vitesse retenue est verrouillée sur le cristal.
  • Le A700 dispose d’un pré-amplificateur et d’une mini table de mixage permettant de mixer deux sources parmi les nombreuses entrées dont il dispose, y compris une entrée phono.
  • Ce pré-ampli dispose en sortie d’un contrôle de niveau, et de correcteurs de tonalité. En ne sélectionnant aucune vitesse, on arrête la mécanique de transport et on peut utiliser le A700 en simple pré-amplificateur sans arrière-pensée.
  • Malgré la quantité d’électronique que demandent les trois vitesses et les nombreuses fonctionnalités, la construction modulaire rend la maintenance relativement aisée. Il suffit de retirer quatre vis et de déconnecter trois broches pour extraire toute la partie pré-ampli par exemple.
  • Petit luxe pour un magnétophone Revox, les joues sont en bois.

flan-smallÉvidemment, cette sophistication a un coût et outre, on l’a vu, un prix élevé, la taille et le poids(27kg) du A700 ne le rendent plus guère transportable. Malgré la poignée supérieure, il n’est donc pas adapté aux enregistrements sur le terrain.

Mais l’amateur éclairé (et fortuné) dispose chez lui d’un mini studio qui lui permettra de réaliser la bande son du diaporama en Kodachrome des dernières vacances dans les îles grecques à 9,5 cm/s, d’enregistrer le concert de la petite dernière au piano à 19cm/s et de réaliser une maquette de disque à 38cm/s.

Les plus exigeants pouvaient compléter le A700 par une gamme d’électroniques certes réduite mais de qualité :

  • pub 700L’amplificateur A722 est un amplificateur stéréophonique compact parfait pour s’intercaler entre le A700 et des enceintes.
  • L’amplificateur quadriphonique A724 ne dépasse pas le stade de prototype, ce qui n’étonne pas vraiment au vu de l’échec global que fut la quadriphonie.
  • Le pré-amplituner A720 est lui aussi un engin peu banal (et finalement assez rare). La partie tuner est une des premières à disposer d’une synthèse numérique de fréquences et jette les bases du futur B760, un des meilleurs tuners du monde. La technique numérique permet enfin de disposer de présélection (5 ! une de plus que nécessaire puisqu’à l’époque la bande FM ne comprend que France Inter, France Musique et France Culture et éventuellement FIP) et surtout d’un splendide affichage numérique de la fréquence à base de tubes Nixie.

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Sorti trois ans plus tard en 1976, l’excellent amplificateur A740, ne fait déjà plus vraiment partie de la série A7nn. Il préfigure la série B7nn qui sortira en 1977. Il sera d’ailleurs rapidement renommé B740.

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Gros, lourd, sophistiqué (peut-être trop), issu d’une marque prestigieuse, performant, le Revox A700, et plus généralement la série A7xx, sont le témoignage de la fin d’une époque où la haute-fidélité était un peu plus que le simple achat de produit. C’était aussi un hobby qui permettait aux amateurs de s’impliquer dans la réalisation de leurs appareils et de leurs média. Et pour cela il mérite bien une moustache à la Pleksy-Gladz.

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2 réflexions sur “ReVox A700 : le home studio à moustache

  1. Pingback: La cave des frères Loiseau (maj 22/01/17) | Tryphonblog

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