Une Gueule d’Atma-Sphere

L’audiophile dans sa recherche de la perfection veut obtenir « un fil droit avec du gain » ce que résume le grand philosophe Jean-Pierre Raffarin dans un célèbre article de la Nouvelle Revue Du Son par la maxime « le fil est droit mais la pente est forte ». Pour garder le fil droit, le concepteur de matériel hifi cherchera à minimiser le nombre de composants et parmi ces composants il évitera le plus circonvolutionant (!) d’entre eux, le transformateur. C’est plus facile à écrire qu’à souder car sur les amplificateurs audiophiles à tubes (c’est un pléonasme, en existe-t-il d’’autres ?) l’usage de ce transformateur est requis pour adapter l’impédance de sortie. En effet, les tubes permettent de produire beaucoup de tension mais peu de courant alors que les enceintes usuelles d’impédance nominale relativement faible, 4 à 8 Ohm, demandent moins de tension mais plus de courant.

Ces transformateurs sont source de multiples problèmes :

  • Par principe car on introduit, un composant passif supplémentaire.
  • Étant directement dans le circuit audio, leur qualité est fondamentale pour la qualité de reproduction. Et bien entendu avec la qualité vient la question du coût et de la disponibilité. L’emploi de meilleures matières (cuivre occ, argent) et des artisans les plus qualifiés rendent les meilleurs transformateurs rares et extrêmement coûteux et ce n’est pas le regretté Kondo San qui nous aurait contredit.
  • Ces transformateurs sont encombrants et lourd. Ceux qui ont déjà soulevé un amplificateur à tube savent qu’il se soulève les mains de part et d’autre des transformateurs et non pas au milieu du châssis.
  • S’agissant de self, ils ne sont pas sans influence sur la courbe de réponse et la bande passante en introduisant une perte aux fréquences élevées.

D’où l’idée de réaliser des amplificateurs sans transformateur, ce qu’on nomme OTL (Output TransformerLess) dans la langue de Lou Reed (1). Cette idée est loin d’être naturelle. On se souvient que lors du passage des amplificateurs à tubes aux amplificateurs à transistor, McIntosh, plus par habitude que par nécessité continua  – et continue – à mettre des transformateurs en sortie de ses amplificateurs.

McIntosh MC500. On voit bien les deux autotransformateurs.

McIntosh MC500. On voit bien les deux autotransformateurs.

Mais l’amplificateur OTL se heurte également à des difficultés de réalisation. Plusieurs schémas ont été proposés pour réaliser des amplificateurs OTL, les plus connus étant le principe Futterman et le circlotron. Nous examinerons plus en particulier ce dernier. Le circlotron est un ancien circuit électronique imaginé par la société Electro-Voice en 1954.  Pour que ce circuit soit utilisable en OTL, il requiert plusieurs conditions :

  • D’abord une alimentation de course et donc des condensateurs de forte capacité et de fort voltage.
  • La mise en parallèle de plusieurs push-pull de tubes afin d’abaisser l’impédance et d’augmenter la capacité en courant.
  • Un étage driver symétrique  capable de délivrer au moins 100 V crête à crête sur une charge capacitive.

Le schéma de principe du circlotron.

Le schéma de principe du circlotron.

Après, il suffit de rajouter des tubes en parallèle.

Après, il suffit de rajouter des tubes en parallèle.

Toutes conditions que réunit la plus belle œuvre de la société Atma-Sphere de Ralph Karsten avec l’amplificateur mono MA-3, qu’on en juge :

  • L’alimentation dispose de 1 Farad !  500 000 µF par paire.  À titre de comparaison, Naim, marque qui n’est pas réputée pour sous dimensionner ses alimentations, a doté le NAP 250 de 44 000µF.
  • 42 doubles triodes 6AS7G par canal, soit pour une paire stéréo 84 tubes de puissance et donc 168 triodes ! Parallélisme on vous dit.
  • 12 6SN7 (par canal) pour l’étage driver histoire de faire bonne mesure.
L'alimentation est séparée. Il faut donc quatre chassis pour une paire stéréo.

L’alimentation est séparée. Il faut donc quatre châssis pour une paire stéréo.

Alors toute cette débauche d’énergie permet t-elle de satisfaire les promesses de l’amplificateur OTL ?

  • Au prix de 90000$ la paire, le MA-3 est une affaire. Presque deux fois moins cher qu’une paire d’Audio Note Kagura beaucoup moins puissant.
  • À 110 Kg par canal, il n’est pas certain qu’on ait beaucoup gagné sur le poids. Notre Audio Note de comparaison, le Kagura, avec ses transformateurs en argent ne pèse que 62Kg.
  • 1Hz -200kHz 0/-1dB et 0.5 de THD contre 8Hz-40kHz 0/-3dB et 5% de THD pour le Kagura, le MA-3 montre tous les avantages de l’OTL.
Le schéma de principe du circlotron.

Non représentée sur la photo, il faut en plus une centrale électrique.

Alors, donc c’est la victoire par KO de l’OTL ? Sans aucun doute. Enfin, si l’audiophile arrive à avoir 84 tubes qui fonctionnent ensemble  pendant toute la durée d’un disque et que ses tweeters survivent à un éventuel courant continu qui n’est pas filtré en l’absence de condensateur ou de transformateur de couplage. Au fait, comment dit-on appairé quand on parle de 42 tubes ?

Mais nous nous égarons. Tant d’effort mérite de notre part un bel hommage. Et pourquoi pas un TTAward ?

Accordé – avec les honneurs.

Pour aller plus loin : le site d’Atma-Sphere.
Et surtout l’essai d’un autre modèle d’Atma-Sphère, le M-60, par le grand, que dis-je, l’immense Harvey « Gizmo » Rosenberg dans
Positive Feedback où l’on découvre un usage inédit de la triode 211 . Essai que Harvey contredira dans une suite.

(1) Un point bonus pour ceux qui suivent l’allusion.


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