Big Black – Songs About Fucking – Touch & Go #24

bigblackLa première partie des années 70 a été dans la musique les années de tous les excès. D’abord pour les artistes par une consommation proprement stupéfiante de produits qui l’étaient tout autant. Ensuite par une sophistication dans les productions musicales qui demandent toujours plus de micros, plus de pistes d’enregistrement, plus d’effets et bien sûr des orchestrations qui noient la base basse, guitare, batterie dans des claviers, des orgues, des cuivres et des orchestres symphoniques complets. La haute-fidélité n’est pas épargnée par cette tendance et, là aussi, c’est l’époque du toujours plus: plus de watts, plus d’entrées, plus de correcteurs de tonalité et d’effets en tous genres. Une réaction salutaire s’impose et celle-ci viendra de Grande-Bretagne. D’abord avec le mouvement punk et sa suite qui reviendront aux fondamentaux du rock, de l’énergie pure déversée au travers de formations musicales plus simples à trois ou quatre instruments (1). Parallèlement en haute-fidélité, Linn et Naim défendent une approche basique. La chaîne idéale devient une platine simple mais bien réalisée (une LP12 alors mono vitesse), un ampli qui sert essentiellement à régler le volume et une paire d’enceintes deux voies. Ces marques introduisent surtout un nouveau concept, celui de la primauté de la source, le fameux « Garbage in, garbage out ».

Mais dans la reproduction sonore quelle est la source ? Pour Linn, c’est bien sûr le tourne disque. Mais avant ça, il y a le disque lui-même, et avant lui le mastering, le mixage et la prise de son.

On s’attend donc qu’après Alan Parsons (l’ingénieur du son de Dark Side of The Moon), on trouve des ingénieurs enclins à une approche plus simple et plus directe de l’enregistrement et du mixage.

Et quel meilleur exemple de cette tendance que celui de Steve Albini, ingénieur du son sur plus de mille albums. Pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas Albini, on citera quatre albums emblématiques (et indispensables par ailleurs) : Surfer Rosa des Pixies, Rid of Me de PJ Harvey, In Utero de Nirvana (nous y reviendrons) et Things we Lost in the Fire de Low.

La méthode même de Steve Albini est le reflet du concept de la primauté de la source.

  • Fit de l'infamant DDD sensé décrire la qualité des premiers CD. Voici un véritable signe de qualité digne des andouillettes.

    Fi de l’infamant DDD sensé décrire la qualité des premiers CD. Voici un véritable signe de qualité digne des andouillettes.

    D’abord dans la liberté donnée aux musiciens, Albini s’efforçant de n’apporter que son expertise technique sans influencer l’aspect musical.

  • Un enregistrement proche des conditions du live.
  • Une recherche poussée du meilleur positionnement des micros…
  • …qui permet une utilisation réduite des effets (compression, reverb…), le son étant capté directement de la façon recherchée.
  • Et bien entendu le rejet des techniques numériques, la console, les effets et l’enregistrement étant purement analogiques, ce dernier sur un Studer A820, le mix final étant fait sur un Ampex ATR 102.

Pour maîtriser toute cette chaîne, Steve Albini dispose de son propre studio, Electrical Audio à Chicago, dont le plan la configuration et l’équipement correspondent à ces préceptes.

Le résultat de cette démarche peut être assez brut, voir brutal. On est donc assez loin d’un format plus policé pour ne pas dire «bande FM ». De cet écart naîtra une polémique sur la réalisation de In Utero entre la maison de disque Geffen d’un côté qui trouve le disque commercialement trop âpre et Kobain/Albini. Sous la pression de Krist Novoselic, Nirvana finit cependant par accepter un remixage de certains titres par Scott Litt.

Mais Steve Albini est non seulement un ingénieur du son mais également un musicien. Très jeune il devient fan des Ramones et on ne s’étonne pas de sentir dans sa musique l’influence du punk rock, on y revient, dans son premier groupe Big Black.

Songs about Fucking est le deuxième album de Big Black. Tout est provoquant dans cet album. Le titre bien sûr, qui sera masqué par un autocollant sur les albums dans les bacs. La pochette, qui donnera lieu à de multiples reprises et parodies. Le thème des chansons qui évoquent la drogue, le meurtre…. Sur ce dernier point, Albini mixant en général les voix au second plan, seul les auditeurs les plus versés dans l’anglais de la rue seront à même d’en apprécier le sens.

Songs about Fucking est donc à réserver à un public averti et pas seulement en ce qui concerne ce qui précède. La musique est en effet aussi brutale que les paroles. Le terme « noise rock » prend tout son sens avec Big Black.

La pochette du CD, avec sur le devant un autocollant

La pochette du CD, avec sur le devant un autocollant « pudique » et sur l’arrière la mention anti numérique

Pour ceux qui auraient le mauvais goût d’acheter Songs About Fucking en CD, Steve Albini ajoute au dos du boîtier une petite mention qui ne figure pas sur la pochette du vinyle : « The future belongs to the analog loyalists. Fuck digital.»

Conseil de dégustation :

QL10Foin de trop de raffinement sonore pour cet album. On ne cédera cependant pas à la vulgarité en prenant une platine en plastique basique des années 80. Une JVC QL-10 pourra faire l’affaire. Moins connue que les Denon DP-80, JVC utilise cependant les mêmes (bonnes) recettes. On trouve donc dans la QL-10 un bloc moteur à entraînement direct TT-101, enchâssé dans une base réalisée également par JVC-Victor et un bras de la même maison. On choisira une cellule point trop agressive, par exemple une Shure 95.

Pour aller plus loin : On pourra jeter un oeil sur le site du studio de Steve Albini, Electrical Audio. On trouve sur You Tube de nombreux interviews d’Albini expliquant divers aspects de son travail. Également sur You Tube, deux vidéos passionnantes :

(1) On pourra trouver une autre acceptation du terme formation musicale dans le degré d’expertise des musiciens. On se souvient que Paul Simonon rejoint Les Clash d’abord et apprend à jouer de la basse après.

Quelques unes des pochettes inspirées de Big Black

Quelques unes des pochettes inspirées de Big Black

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4 réflexions sur “Big Black – Songs About Fucking – Touch & Go #24

  1. Il me semble reconnaître, dans la production générale du disque, la sensibilité que le grand ingénieur du son Wilhelm Bénamou a apporté à la trilogie « Bananas and Pears » dont on rappelle qu’il s’agit d’un album fantôme de King Crimson.

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