Menace sur la liberté des pressions

On comprend aisément que la liberté d’expression soit à l’opposé de notre conception de la haute fidélité. En effet, la haute fidélité est par essence la reproduction fidèle de la source, sans interprétation aucune ni analyse, modification ou distorsion de cette source. D’ailleurs, le slogan de firmes emblématiques de l’industrie audiovisuelle, « La voix de son maître », peut être interprété dans ce sens, comme la transmission directe du message original. Théorie vite mise en pratique par une bonne partie des magazines de la presse spécialisée francophone et internationale qui, à l’image de la Pravda, ont retransmis directement le message de leur maître, en l’occurrence les annonceurs. Les bancs d’essai de ces magazines sont donc en général des versions amplifiées et dithyrambiques des dossiers de presse des fabricants, en particulier les plus chers et exotiques.

Malheureusement, le numérique est apparu, et ce n’est pas le grand Michael Fremer qui nous contredira, il n’apporta rien de bon. Cela concerne bien évidemment les sources musicales mais également le domaine éditorial. On a ainsi trouvé des blogueurs et autres Youtubeurs qui, au lieu de transmettre la bonne parole, ont voulu vérifier en pratique les allégations des marques de hi-fi.

Ces marques ont heureusement su réagir en menaçant de procédures légales les perpétrateurs de ces scandaleuses démarches. On a ainsi vu dCS ,marque fort réputée pour le rapport qualité/prix de ses DAC, menacer de poursuites Cameron Oattley de la chaîne GoldenSound ou encore Tekton contre Erin Hardison d’Erins’s Audio Corner.

Mais la justice a ses propres imperfections, et le plus riche n’a pas toujours raison. Malgré leur assise financière, ces firmes ont fort à faire face à des influenceurs désargentés qui s’appuient sur leur communauté pour contrer ces procédures frivoles (1).

Mais nos marques favorites sont agiles et ont trouvé un nouveau levier : la plainte pour infraction au copyright. Sur YouTube, de nos jours le principal support d’information de l’audiophile, il suffit de signaler une infraction au copyright pour que la vidéo incriminée soit rapidement retirée.

On a ainsi vu récemment Tom Evans faire retirer une vidéo de Mark Maher sur Mend It Mark. Mark a eu l’outrecuidance d’analyser la construction de ce chef-d’œuvre d’ingénierie qu’est le préampli phono MasterGroove SR Mk3 (£25 000 quand même). Le fait que l’on découvre que ce préampli soit construit en dépit du bon sens n’a bien entendu rien à voir avec la plainte de Tom Evans. Mais d’après YouTube, le n’importe quoi peut faire l’objet d’un copyright.

Plus proche de nous, Richard Cesari, le génial inventeur du Rendistor, du Manta et futur prix Nobel de physique, a fait retirer de YouTube une vidéo de Dominique Spagnolo sur la chaîne DeltaSigmaTV. On pourra cependant regarder la désopilante parabole de Dominique sur César, le vendeur de salades.

Mais la complaisance de YouTube n’est malheureusement pas suffisante pour sauver la vraie haute fidélité. Car, en dépit des menaces de procès et des retraits sans raison de vidéos de YouTube, cela ne protège pas les fabricants de hi-fi d’une nouvelle forme sournoise de distorsion : l’effet Streissand. Cette forme perverse de distorsion met en effet en lumière leur incurie et leur mépris du consommateur.

(1) Ce n’est pas totalement nouveau, comme déjà relaté dans cet article, et si procès il y a, c’est en général au détriment de la marque. Mais quel influenceur aurait les ressources financières pour amener un cas jusqu’à la Cour suprême des États-Unis ?

 

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