Beau comme un avion : Pioneer 707

Merci à notre ami Edgar P. Jacobs pour cette brillante introduction.

Ce précepte de base posé, reste à choisir ledit magnétophone. On le sait, l’audiophilie est une science exacte et le choix se basera sur des critères objectifs.

  • Pour la largueur de la bande, on fera simple : le plus courant et le plus économique, si tant est que ce terme soit applicable à ce média, est la bande quart de pouce. Les formats de bande plus larges (demi-pouce, pouce et deux pouces) ne sont utilisables que par des machines professionnelles et en général sont plutôt réservés aux multipistes (2).
  • Le nombre de pistes est plus important : en quart de pouce, il existe des machines à deux et quatre pistes. Moins il y a de pistes, plus elles sont larges et on améliore le rapport signal sur bruit. Certes, on utilise deux fois plus de bande pour la même durée en deux pistes, mais diantre, on n’a pas choisi d’utiliser de la bande magnétique pour faire des économies, donc on prendra un magnétophone deux pistes. Ce standard d’une piste par 1/8 (3) de pouce est assez universel (4).
  • Pour augmenter encore le rapport signal sur bruit, on peut avoir la tentation d’ajouter un système de réduction dans la chaîne d’enregistrement et de reproduction. On éliminera rapidement les systèmes exotiques High-Com et DBX pour se concentrer sur les systèmes Dolby. Le type A, très efficace, a été un quasi standard dans le domaine professionnel. Les modules de la série 360 sont maintenant difficiles à trouver. Le dispositif grand public, Dolby B, universel pour les magnétophones à cassette, reste rare sur les appareils à bande. Il y eut des Revox et des Akai où le circuit Dolby B est intégré, ainsi que quelques appareils séparés chez Teac, dont les AN-180 et AN-300. Ces systèmes risquent de créer plus de contrainte que d’avoir d’avantage. Sauf pour le plaisir de jouer avec, on oubliera (5), d’autant que les quelques formulations de bande qui restent en production sont sensiblement plus performantes dans ce domaine que les bandes du début des années 70.
  • En général, les magnétophones ont deux vitesses : 9,5 et 19 cm/s ou 19 et 38 cm/s. Un défilement rapide de la bande améliore la bande passante. Les machines qui visent l’économie conjuguent les vitesses les plus lentes et les quatre pistes, et celles qui recherchent la performance privilégient les hautes vitesses et sont en général bipistes. C’est ces dernières que l’audiophile recherchera.
  • Concernant le diamètre des bobines, il existe trois diamètres courants : 13 cm (5 pouces pour les amateurs d’unités impériales) utilisés surtout sur les machines portatives (Uher, Nagra), 18 cm (7 pouces) et 26 cm (10.5). Toujours par souci de cohérence, les machines qui peuvent tourner à 38 cm/s utilisent des bobines de 26 cm. En effet, à cette vitesse, les 360 mètres d’une bobine de 18 cm ne permettent que 15 minutes d’enregistrement.
  • Reste une dernière caractéristique, le type d’égalisation utilisé. Il s’agit des réglages d’accentuation des aigus qui permettent de mieux utiliser les caractéristiques magnétiques de la bande. Il y a deux standards : IEC et NAB. L’IEC (ou CCIR) serait légèrement plus performant. Le point fondamental est d’utiliser la même courbe en lecture qu’à l’enregistrement. Ce choix n’est pas fondamental pour l’amateur qui utilisera le même magnétophone pour l’enregistrement et la lecture.

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Le choix des machines est vaste mais pas tant que ça non plus. On éliminera rapidement les magnétophones amateurs les plus courants des années 70 tels que les Akai GX-4000 et Sony TC-366/367. Outre qu’ils ne réunissent aucune des caractéristiques désirées par l’audiophile, leur mécanique à un seul moteur nuit à leur agrément et à leur fiabilité. Revox proposait les ubiquistes A77 et B77 dans toutes les configurations imaginables, même s’il faut le reconnaitre, les versions amateurs quatre pistes basses vitesses sont sensiblement plus courantes sur le marché. Si on veut en plus une machine fiable – japonaise par exemple – c’est un peu plus compliqué. Car finalement, là aussi, les quatre pistes sont plus courantes et les grosses deux pistes sont assez rares. Mais on y trouve des engins remarquables, malheureusement sensiblement plus chers que les Revox. Et même s’ils sont plus fiables, la disponibilité des pièces de rechange est plus aléatoire.

On déduit deux choses de ce qui précède :

  • Les problèmes de compatibilité vont vite se poser quand il s’agira d’utiliser des bandes de provenances diverses et/ou d’avoir plusieurs machines, à moins d’avoir une gestion particulièrement rigoureuse de son parc de bandes et de magnétophones.
  • L’audiophile privilégiera un magnétophone 1⁄4 de pouce, deux pistes, haute vitesse acceptant des bobines de 26 cm, IEC ou NAB.


La machine que nous présentons aujourd’hui réunit presque toutes les caractéristiques ci-dessus, à l’exception de la taille des bobines, de la vitesse de défilement et du nombre de pistes. En contrepartie, elle s’adapte parfaitement au reste de la chaine Pioneer, puisqu’il s’agit de la RT-707.

Contrairement à ses confrères Akai et Teac, Pioneer n’est pas un spécialiste de l’enregistrement magnétique. Mais en tant que leader du marché hifi de cette époque, il se devait de proposer des magnétophones à bande dans sa gamme. Après la série des QT qui passe assez inaperçue, on eut la série des RT. D’abord les RT-1xx, gros modèles assez traditionnels, auxquels succèdera le RT-2022/2024, système modulaire assez ambitieux qui, comme sur un multipiste professionnel, permet de modifier le nombre de pistes en changeant le bloc de tête et le nombre d’unités d’amplification. Enfin, il y a le RT-701/707, exemple même de la machine amateur dont le principal objectif est de s’intégrer dans un ensemble de la marque. Quand la série « silver » fut remplacée par la série «bleue » avec afficheur fluroscan , le 707 fut remplacé par le RT-909 (et 901 sans autoreverse). Les caractéristiques et les performances n’évoluaient que très peu, sauf pour l’introduction d’un double cabestan et de bobines de 26 cm.

On l’a compris, ce Pioneer RT-707 n’offre a priori rien d’extraordinaire. On a quand même droit à un magnétophone disposant de trois moteurs qui le distingue des best-sellers bas de gamme de l’époque, Akai GX-4000 et Sony TC-366 dont nous avons parlé plus haut. Elle est aussi autoreverse, du moins en lecture (6). Mais surtout, ce qui distingue ce magnétophone, c’est son esthétique particulièrement réussie, en partie liée à un facteur de forme rare sur les magnétophones (7). Il s’adapte parfaitement aux autres éléments Pioneer. Et contrairement à beaucoup d’autres machines qui demandent leur propre étagère, le Pioneer s’intègre parfaitement dans un rack, par exemple un JA-R à côté des électroniques Pioneer contemporaines.

Et c’est bien là son point fort. Il est superbe à regarder. Dès que la bande défile, les deux vumètres antagonistes délivrent un spectacle quasi-hypnotique. Pour être vraiment parfait, on prendra soin de n’utiliser que les fameuses bobines métalliques Pioneer PR-85. Les originales valent une fortune, même si on trouve maintenant assez facilement des reproductions contemporaines de bonne facture.

La face avant très réduite – pour un magnétophone à bobine – est déjà bien encombrée par les deux bobines de 18 cm. Les différentes commandes ont donc été disposées dans les espaces libres, ce qui se traduit par une ergonomie assez médiocre. En particulier, la commande de monitoring est perdue dans une rangée de petits boutons chromés identiques et on aura vite fait de changer de vitesse ou de bias en voulant contrôler l’enregistrement. Toujours en matière d’ergonomie, on comprend rapidement que le RT-707 n’est pas vraiment fait pour l’enregistrement : le réglage des niveaux se fait par un petit potentiomètre concentrique qui plus est dangereusement proche du chemin de bande.
Par contre en lecture, l’autoreverse est un véritable apport parce qu’à performance équivalente, c’est quand même plus compliqué d’inverser les bobines que de retourner une cassette. Petite mesquinerie, par contre, contrairement à la plupart des magnétophones trois moteurs à commandes de défilement électroniques, Pioneer ne propose pas de télécommande.

On l’aura compris, le RT-707 ne disposant d’aucune des caractéristiques désirables pour un magnétophone à bande en terme de vitesse de défilement et de largeur de piste, il ne faut pas s’attendre à grand-chose du côté des performances acoustiques.

Pas de prise de télécommande , mais des réglages de niveau.

On passera vite sur la vitesse la plus lente. Les performances à 9,5 cm/s sont insuffisantes et dépassées par beaucoup de magnétocassettes, même à deux têtes. On n’utilisera donc le RT-707 qu’à 19 cm/s. Dans ces conditions, le Pioneer apporte au son une bonne pincée de cette distorsion et de ce bruit propre à l’enregistrement magnétique. Cette « chaleur » analogique permet de ressentir une certaine satisfaction auditive.
À la fin d’un repas mondain, alors qu’entre amis vous appréciez cigares et alcools, posé dans un coin du salon, le Pioneer RT-707 sera parfait pour diffuser de la musique de fond. En émerveillant vos invités par son élégance.

À ce stade, on l’aura compris, tous nos efforts de cohérence ont été pulvérisés.

Pour peu que l’amateur ait envie de faire un peu de production, voire de faire un peu de multicanal. Il faudra donc un multipiste (par exemple cette excellente machine). Et on ne maitrise pas le format des bandes de provenances diverses dont les vitesses de défilement, l’égalisation et le nombre de pistes sont variables. Trois vitesses, deux égalisations, trois variétés pour les pistes et deux formats de bobines : 36 possibilités. Certains de ces formats sont purement théoriques, mais d’un autre côté, on a exclu du décompte les petites bobines des machines portables, les bandes 1/8e de pouce des Nagra SN et les enregistrements mono pleine piste.

Bien sûr, tout n’est pas totalement impossible et on peut lire une bobine de cinq pouces sur une Revox et utiliser un quatre pistes parallèle pour lire (mal) une bande stéréo quatre pistes.

Une conclusion pleine de bon sens grâce à un Grundig TK42 issue de la cave des frères Loiseau.

(1) Parfait techniquement s’entend. Ce qui fait l’enregistrement, c’est bien sûr le choix et le placement des micros et des effets avant l’enregistreur lui-même.

(2) Il existe de rares A80 et ATR-102 de mastering à deux pistes sur bande 1⁄2 ou 1 pouce. À ce niveau, on privilégie une vitesse de 76 cm/s, ce qui met la minute d’enregistrement à environ 10 €.

(3) En réalité, un peu moins parce qu’il y a des espaces libres entre les pistes pour éviter le crosstalk. Si on est curieux, on pourra se référer à ce document pour connaitre le format réel.

(4) Ce qui donne 4 pistes sur 1⁄2 pouce, huit pistes sur 1 pouce et 16 pistes sur 2 pouces. Au mitant des années 70, ces derniers ont été supplantés par les 24 pistes, toujours sur 2 pouces, mais ces derniers sont généralement considérés comme soniquement inférieurs aux 16 pistes.

(5) On peut aussi penser que l’utilisation d’un magnétophone à bobine étant un jeu en soi, on n’est pas à cela prés. Nos jouets préférés dans ce domaine sont en Dolby B, le susnommé Teac AN-300 qui est au choix quatre voies simplex ou stéréo duplex ou plus professionnel, le Dolby 363 qui avec la bonne carte permet de choisir entre le Dolby A et le très efficace Dolby SR.

(6) C’est généralement le cas. Outre que ce serait une drôle de façon de gérer ses enregistrements que de laisser l’autoreverse gérer le changement de sens de la bande, c’est une solution compliquée et couteuse puisqu’elle duplique les têtes d’effacements et d’enregistrements dans l’espace limité du chemin de bande en les gardant dans le bon ordre.

(7)  Le seul autre modèle qui reprend la même idée qui nous vient à l’esprit est l’Akai GX-77, lui aussi fort réussi esthétiquement en plus d’être lui full autoreverse.

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